Extrait du Guide pratique des psychothérapie d’Edmond Marc aux Editions RETZ :

” La thérapie primale est une démarche thérapeutique élaborée par Arthur Janov dans les années soixante, à Los Angeles (Californie). Il en a exposé les principes dans son ouvrage The Primal Scream, publié en 1970. (Le Cri primal, Paris, Flammarion, 1975).

Les bases Théoriques:
Pour A. Janov, le point de départ de toute perturbation psychique est la souffrance; le petit enfant est dépendant de son entourage pour la satisfaction de ses besoins physiologiques et affectifs.
Si ces besoins restent insatisfaits trop longtemps, cela engendre la souffrance, et si la souffrance est trop grande, elle va entraîner un clivage au sein de la personnalité (c’est comme un disjoncteur qui saute quand la tension est trop forte). La souffrance et le besoin qui l’a provoquée vont être maintenus à distance de la conscience. Elle continue cependant à affecter l’individu dans son corps et son esprit, mais elle reste enfermée sous le couvercle de la névrose. Chaque fois qu’un enfant n’est pas pris dans les bras, chaque fois qu’on le fait taire ou qu’il est ridiculisé ou ignoré, on le rend plus irréel et plus névrotique. La névrose étant fondée sur le clivage, elle entraîne l’étouffement de la personnalité réelle, et l’individu est de plus en plus conduit à jouer des rôles dans lesquels il se perd.

La scène primale est une scène au cours de laquelle la souffrance est devenue intolérable, et où l’enfant, confronté à sa conscience qui lui dit : “ils ne m’aiment pas tel que je suis”, préfère se couper de cette souffrance et basculer dans la névrose.

Mais le besoin qui n’a pas été satisfait demeure et se manifeste dans l’organisme sous la forme d’une tension constante. Le moi irréel sert d’écran entre la conscience et la tension. Cette tension est la source de pensées et d’activités compulsives, du sentiment de pression interne que ressent le névrosé ; elle est codée dans toutes les fibres du corps où le besoin exerce une force perpétuellement à la recherche de la satisfaction.

Le but de la thérapie primale est de connecter les besoins du corps avec les souvenirs emmagasinés dans l’inconscient, afin de redonner au sujet son unité. Seul l’accès à la souffrance refoulée peut opérer cette reconnexion. Elle va permettre au patient de revivre la scène primale (“faire un primal”, en langage courant) qui a été à l’origine du clivage et de remettre en contact le besoin et la conscience, en faisant sauter le système de défense élaboré par la névrose. Le cri primal, terme sous lequel a souvent été vulgarisé cette thérapie, n’est pas un cri pour le cri ; celui-ci n’est que l’expression de la souffrance lorsqu’une scène primale est totalement ressentie et revécue ; c’est un cri involontaire que le patient pousse quand il se retrouve nu devant la souffrance, entièrement exposé à sa vérité.”